Programme et Textes autour du prélude à la nuit de l´imaginaire : Masques et intrigues en Flandre / l´imaginaire baroque en Flandre.

Publié le par Philippe André Royer

PROGRAMME de la soirée du samedi 29 Août 2009


 





Le Prix littéraire Zénon 3000
 en 2010 &  ses semences de festival musical :

Autour de Michel de Ghelderode, Emmanuel Looten. L´imaginaire baroque en Flandre par Philippe André Royer  

Le prologue à la saga de Lug Hallewijn,  Emmanuel Looten,  lu par Annie Degroote & Lucile Vandenbilcke

 

Extraits de la Balade du  Grand Macabre et de l´école des Bouffons,  Michel De Ghelderode, lus par Annie Degroote

 

Suites pour Violoncelle  / Johann Sébastian Bach, interprétées par Matthieu Fontana
Suite 1 BWV 1007 en sol majeur :

prélude, allemande, courante, sarabande, menuets I&II et gigue.
Suite 2 BWV 1008 en ré  mineur :

prélude, allemande, courante, sarabande, menuets I&II et gigue.
Suite 3 BWV 1009 en do majeur :

prélude, allemande, courante, sarabande, bourées I&II et gigue.





Ghelderode, C’est le diamant noir qui ferme le collier de poètes que la Belgique porte autour du cou .Ce diamant noir jette des feux cruels et nobles. Ils ne blessent que les petites âmes. Ils éblouissent les autres.  / Jean Cocteau


« Vous êtes de ceux qu'il y a lieu de détester ou d'aimer à chaud, sans prendre ses précautions ni ses distances. Or, j'aime votre poésie, malgré tous vos efforts à la rendre particulièrement hirsute, hostile, grimaçante, antipathique ; peut-être aussi à cause, justement, de tant de sincérités en elle qui révèlent tout de suite les paroxysmes. »  
À propos d´Emmanuel Looten, Alain Bosquet




 Période  de transition entre la Renaissance et le Classicisme, le Baroque ou  Barroco, « perle irrégulière », toucha tous les domaines artistiques.  Il évoque un univers fantasmé, des thèmes comme l'illusion, la métamorphose, le foisonnement du décor, l'infini et la mort. Un univers dans lequel je suis tombée toute petite.

 

J'ai  rencontré  Michel de Ghelderode au théâtre. Flamand belge d'expression française comme Maeterlinck,  cet auteur  fut prolifique. La plupart de ses créations datent de l'entre-deux-guerres, mais il nous plonge dans les  époques du Moyen-âge et de la Renaissance dont il se sentait le contemporain.  Son goût pour l'Histoire, l’Opéra, les marionnettes - ses sources d'inspiration - son  univers d'histrions et de masques,  me touchèrent aussitôt. On y retrouve la truculence et la folie de Bruegel, Bosch et Ensor, leur mystère, leur hermétisme.

Emmanuel Looten, ce grand poète Berguois, glorifia sa Flandre natale, avec un lyrisme aux couleurs flamboyantes, ne craignant ni la création de mots, ni le paroxysme. Il fut traduit dans de  nombreuses langues.  comme Guelderode. Ces deux flamands de France et de Belgique ont tous deux puisé leur inspiration au coeur de la Flandre baroque pour l'ouvrir au monde. 

Deux funambules sur la corde d'un imaginaire somptueux, entre vérité et mensonge, entre réel et rêve... N'est-ce pas tout simplement  l'âme humaine que nous pénétrons à leur côté ? /  A propos du programme du prélude à la nuit de l´imaginaire /  Annie De Groote






Très jeune devant une des toiles de Bruegel mon esprit s'est mis à vagabonder.Adolescent en parcourant Bach au violoncelle, les détails de ce tableau vinrent comme une évidence illustrer mon jeu. Aujourd'hui, je décide de m'intéresser au travail de l'artiste peintre et de poursuivre cette expérience enfantine dans ma recherche sur Bach : s'inspirer d'œuvres picturales du XVIe que Bach au XVIIe aurait pu admirer est une démarche artistique sincère que je trouve riche de sens.

Tout d'abord, le choix des cordes en boyaux au son riche et velouté vient directement de l'usage de l'huile donnant cet aspect chamarré aux tableaux flamands.

Devant une peinture de Bruegel, je suis au premier regard happé par la beauté d'ensemble qui s'impose, ensuite mon regard se porte sur les détails techniques et conceptuels. Cette beauté sereine qui traverse les époques permet de distinguer différents niveaux d'interprétation qui dépendent de la culture du "spect-acteur". Ces interprétations complexes éclairent l’œuvre de nouvelles lumières propres à chaque époque lesquelles ne dépendent plus de la volonté artistique et des prémices de l'artiste créateur. Comme dans les sciences fondamentales, un objet se modifie dès lors que l'on tente de l'étudier... Chez Bruegel, les détails sont légions, je me suis souvent retrouvé surpris par la fermeture d'un musée alors que j'étais absorbé par l'observation d'une étendue lointaine peinte avec grande définition... Il en est de même pour la musique, les œuvres de Bach à l'écoute semblent limpides, simples, évidentes, l'oreille est attirée par des thèmes d'inspiration populaire (pour les suites il s'agit de danses : allemande, courante, menuet, gavotte, sarabande, gigue), ensuite l'analyse des détails harmoniques et mélodiques est plus complexe mais l'on peut la comprendre en saisissant l'analogie simple : l'harmonie est à la forme, ce que la mélodie est au trait.


On pourrait par exemple, comparer l'allemande de la première suite à ce magnifique tableau : "Les proverbes flamands" où plus de cent proverbes et dictons ont été identifiés ! Au delà du sens que l'on donne à ce tableau : "le monde marche à l'envers", l'allemande recèle elle aussi plus de cent motifs que l'interprète peut choisir de mettre ou non en valeur : par le timbre et le rythme.

 

De la sarabande de la quatrième suite émane une émotion que je ressens également en me perdant dans le paysage enneigé des "Chasseurs dans la neige". Les exemples sont nombreux et le but n'est pas de dresser une liste, il ne tient qu'à vous lecteur de poursuivre ce chemin et de créer des passerelles entre la musique et d'autres arts.

Je ne peux m'empêcher ici de souligner qu'à côtoyer Bruegel ou comme Bach, l'esprit est porté à l'élévation. Pour moi, la transmission d'une émotion voire d'un savoir est essentielle dans le partage de la musique que j'interprète.

A propos de Breughel, du Baroque et  de Johann Sébastian Bach / /Matthieu Fontana



 La Balade du Grand Macabre

 

La Balade du Grand Macabre (1935), que Michel de Ghelderode publia en 1935, c´est une farce foisonnante, truculente, fleurie , qui reprend un thème ancien, celui de la Mort en personne venue " se balader " sur terre pour faucher tous les vivants, et se laissant entraîner à boire au point de passer elle-même pour morte. C'est en Breugellande, pays de Bruegel, que se déroule l'aventure, et ce sont de joyeux drilles qui enivrent la Mort, la croient morte, et se croient morts eux-mêmes au terme d'une prétendue fin du monde. Mais la Mort n'était qu'un fou qui se prenait pour elle ; le pays est débarrassé des méchants, morts de peur ; seuls survivent les joyeux compagnons, et deux amoureux qui referont le monde. Tout finit par la victoire de la vie et de l'espoir.



La balade du Grand Macabre reprend un thème très ancien, probablement celui d´une farce remontant à l´époque où les associations appelées «  chambres de Rhétorique « organisaient des fêtes populaires «  d´un faste inouï «, selon l´expression de Jean-Francis qui consacre un long développement à cette institution dans l´Éternel aujourd´hui de Michel de Ghelderode. Ces Chambres de Rhétorique, qui se sont développées dans nombre de villes wallonnes et flamandes au cours du XVe et du XVIe siècle, représentaient notamment sur des chariots, des spectacles restés célèbres pour leur impertinence ; elles allaient devenir un organe de subversion, et en particulier contribuer puissamment à la propagation de la réforme, ce qui a entrainé leur interdiction.  / Notice de Jacqueline Blancart -Cassou – La Balade Grand Macabre – Ghelderode – Gallimard - folio théâtre.





 

 

 

Les Royaerts / Onsrusten in ghenouchten  - C´est en 1517 que la première Chambre de Rhétorique (les Onsrusten in ghenouchten / les remuants, encore appelés Baptistes de Bergues Saint-Winoc)  s´est établie en l´Église Saint-Pierre de Bergues. Cette société prit ensuite le nom de  Royaerts  et se fit notablement remarquer en gagnant le deuxième prix au  célèbre concours de  Rhétorique de Gand en 1539 – Le thème proposé : les sentiments de l´homme face à la mort – Les compositions des lauréats avaient été imprimées – Mais la vente des deux livres fut bientôt interdite par les Espagnols puisque certains textes étaient favorables à la Réforme – Le Duc d´Albe, le cavalier sombre figuré par Breughel dans le massacre des innocents - en fit un autodafé sur la grand place de Bruxelles !

 

 




A propos de la Poésie de Emmanuel Looten.

 

 

« Il étonne, il bouscule le système de repères grâce auquel on voudrait se rassurer : une puissance est là, en acte, qui embrase les mots et les emporte, qui exige de nous, soit la négation, soit l'adhésion, un comportement sans réserve. Il rend impossibles les compromis, les demi-mesures. », à propos d´Emmanuel Looten / Pierre Dhainaut

 

La poésie de Looten sera souvent taxée d'ésotérique, hermétique, ce dont il se défendra en avançant que « le poème est le langage de la magie » et que le poète se devait « d'inventer une langue comme l'a dit Rimbaud ». Iaroslav Serpan verra chez Looten un « viol du langage usuel par un systématique délabrement de ses structures, la mise à feu des poudrières de la syntaxe ou encore sa réduction à ses états élémentaires : le cri, le râle, le paroxysme du phénomène, l'invective d'avant l'Histoire ». En 1949, à la Maison des Artistes d'Anvers, Looten confirmera son mysticisme sauvage : « La substance poétique est avant tout l'appel du Créateur. Dieu fait le poète, l'appelle et le brûle à mille feux sans rédemption. »  Ecrire fut pour lui toujours un acte tragique et « le sang de poésie est hémorragie propre, il est énorme dépense, somptuaire et bénévole libation, un sang riche d'incompréhension, et balayé à des égouts faciles. » Ce poète traduit en de nombreuses langues fut cependant viscéralement attaché à sa Flandre natale où il voyait à l'œuvre un celtisme inhérent à son Histoire « deux qualités majeures et qui sont partagées par les gens du Nord, un certain mystère, quelque chose de plus mystérieux et de plus irrationnel (…) et ensuite ce qu'on pourrait appeler le cosmisme, c'est-à-dire un rapport avec les forces telluriques de toutes les planètes. » Bernard Pokojski / in http://www.alliancefrancaise.com.hk/paroles/numeros/216/06.htm

" Je ne parle pas français, je parle Looten,
mais pourquoi parlerais-je une autre langue que la mienne ? "



Autour de l´origine de la Saga de Lug Halewijn...

"Sire Halewijn" Dans la société agraire européenne, les chansons accompagnaient le rythme des travaux, et la majorité des travaux étaient exécutés par des femmes. Elles n’avaient aucune place dans les gildes et compagnonnage, elles formèrent donc leurs propres associations. Mais l’analphabétisme chez les femmes étaient très supérieur à celui des hommes. Ceci explique que le texte de la ballade n’a jamais trouvé sa place dans un chansonnier. La première version écrite date de 1836, mais ceci n’exclut pas que l’origine en soit bien plus ancienne. Si la ballade contient des éléments germaniques et celtiques, il n’y a aucune trace d’une tradition chrétienne. Exception faite de la mélodie chrétienne qui elle est commune à la plupart des versions. (Missa in duplicibus.)

La chanson d’Hallewijn a les caractéristiques d’une chanson qui s’adresse aux femmes. La femme personnage central, qui triomphe d’un rapt. Elle ramène la tête d’Hallewijn, arrivée à la porte de son père, « zi blaesde den horen als een man » (elle sonne du cor comme un homme) elle dépose le trophée sur la table, et toute l’action se termine par le banquet. La tradition orale, en Flandre est la meilleure garantie de la pureté du texte. « …mais , comme l’empreinte du thème primitif, paraît bien plus nette et plus vive dans celui-là que dans celle-ci, c’est en dernière analyse au lied néerlandais (Heer Halewijn) qu’une saine critique nous conduit, comme l’auteur commun de toute la tradition européenne » / extrait d´une notice de  Georges Timmermans / au sujet de "Sire Halewijn" suite à la lecture de l’ouvrage de M.Johan Van Hecke « Heer Halewijn in Vlaanderen en Nederland » 

 http://ithrynluin.conceptforum.net/archives-chapitre-ii-la-mesnie-hellequin-f16/la-mesnie-documents-t2059.htm





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