Bergues : arguments en faveur d´un nouvel aménagement urbain

Publié le par Philippe André Royer

«  Bergues, ville d´Art et d´Histoire », 

ou de la difficulté de concevoir un nouvel aménagement urbain !


« Les premières atteintes à l´intégrité du système défensif de la ville ne furent portées, en effet que  par l´installation de la première ligne de chemin de fer Hazebrouck-Dunkerque et de la construction de la gare, au-delà de la porte de Bierne, à l´Ouest de la ville entre 1852 et 1855.

Le maire et le conseil municipal, qui avaient donné leur accord par la décision du 5 septembre 1848 à la Compagnie des chemins de fer du Nord, pensèrent à cette occasion obtenir du ministère de la Guerre le déclassement des zones militaires et pouvoir ainsi faire craquer le carcan de murailles qui empêchait I' extension de la ville, en attendant de se faire restituer, par le ministère de I' Intérieur, les portions de territoires aliénés le 5 juin 14o3 par le duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi, aux villages devenus maintenant communes voisines.

Mais la complexité des répercussions d´une telle demande autant que l'opposition de certaines  municipalités, de certaines personnalités politiques influentes et de certains milieux d'affaires hostiles au développement économique de la ville firent tant et si bien que les aléas de la vie politique aidant, les négociations étaient restées sans résultat lorsque la guerre de 1914 - 19I8 vint les interrompre.

Dès la fin des hostilités, la ville de Bergues va demander la réouverture des dossiers restés en instance afin que des industries et des locaux commerciaux puissent s'établir aux abords de la Haute- Colme et qu'éventuellement, soient autorisées des percées dans les fortifications de façon à permettre un accès plus facile à la gare et l'établissement de nouvelles voies de garage et de raccordement. Ce ne fut qu´en 1931 qu'elle obtiendra... que les poudrières de la " place, de Bergues soient désaffectées.  Mais les conditions qui lui furent présentées pour le    classement  des remparts et le site de la ville comme «  site urbain » , furent telles que le maire et le conseil municipal furent obligés de répondre que «  la ville ne saurait accepter aucune décision qui fermerait à tout jamais, aux générations futures, toute perspective de développement légitime » , et les choses en restèrent là jusqu´à la  guerre de 1939-1945.

La guerre terminée, la  ville de Bergues,  défigurée dans ses ruines et atrocement meurtrie dans sa population, obtint enfin le 29  janvier 1951 le déclassement définitif de ses fortifications au titre militaire à condition cependant de servir à l´administration des domaines sous l´autorité de laquelle, elle passait par le fait, la somme de 5 700 000 F à couvrir par un emprunt à 5% remboursable en 10 ans et à souscrire par les habitants de la ville et des villages du Canton.

Malgré ces charges financières et celles qui allaient s'ensuivre, le maire (M. Henri Billiaert, conseiller généra1 du Nord)  et le conseil municipal de l’époque n'hésitèrent pas à accepter ces sévères conditions et commencèrent sans  tarder à utiliser au mieux les terrains concédés pour reloger, dans I' immédiat, les habitants sinistrés et préparer I' avenir de la ville.

Et c'est ainsi, qu'aujourd'hui ont pu être aménagés une zone industrielle et un terrain omni- sports au-delà de la porte de Cassel,  un terrain de camping trois étoiles avec trois  courts de tennis et une piscine municipale, entre la porte d'Hondschoote et la Porte de Dunkerque, tandis que, entre la porte d'Hondschoote et la porte de Cassel, à la place des baraquements d'hier ont été construites des maisons d'habitation modernes et confortables dans le respect le plus complet du site. Pour aider les touristes et permettre aux vacanciers du terrain de camping de mieux connaitre la ville, l'Office touristique, Syndicat d'initiative a fléché, à leur intention, des itinéraires, tandis que les fortifications sont remises en état progressivement par 1es groupes de jeunes d'" Etudes et Chantiers.) sous l'égide du ministère de la Jeunesse et des Sports... /
extrait de l´article de Thérèse Vergriete – in Entreprise Usinor. Fin des années 70


 
Dans cet article intitulé «  Bergues, ville d´Art et d´Histoire »,  rédigé à la fin des années 70 et publié dans la revue «  Entreprise Usinor «, Thérèse Vergriete nous explique avec une grande précision les difficultés qu´ ont  rencontrées  différentes municipalités au cours de la première moitié du XXe siècle pour tenter de  libérer une belle au bois dormant d´un corset qui l´obligeait à se contracter sur elle-même.

En fait, l´histoire ne se termine pas ici et ne fait même que commencer.  Notre actualité : Comment repenser l´aménagement de la ville fortifiée – écrin de verdure -  en terme de passage dans le fil des ans  et de son intégration dans un troisième millénaire où la survie des territoires se joue – qu´on le veuille ou non – sous pression de fortes concurrences   interrégionales et  transfrontalières.

Il ne s´agit pas de tuer la poule aux œufs d´or en défigurant le site, ni de le mettre sous globe ; il ne s´agit pas non plus – sous une perspective politicienne – de se plier aux souhaits de  quelques groupements d´intérêts -  mais de faire évoluer de manière innovante et soutenable l´espace de ce magnifique territoire. Vauban n´a  ni démoli, ni refait les remparts bourguignons – mais les a intégrés ici dans une architecture militaire moderne pour l´époque.

L´évolution de nos arts et techniques, la créativité de nos architectes et urbanistes ne nous permettent-ils pas de faire  encore mieux – d´autant plus que la prise de conscience de notre responsabilité sociale – celle de transmettre  en héritage les valeurs de notre patrimoine  à l´humanité  - n´a jamais été aussi alertée ? Alors y a-t-il vraiment danger en la demeure ou seulement une angoisse à ne pas pouvoir s´adapter à l´évolution de nos territoires, de nouveaux modes de vie, et de nouvelles ressources. Sachons regarder ce qui se fait ailleurs !

Nous pouvons bien sûr comprendre les arguments des uns et des autres – pro ou contra un aménagement des friches  à hauteur des murs de nos fortifications : mais l´enjeu est désormais d´une autre nature que celui de troquer – en  simple réaction égoïste  -  un terrain omni- sports  ou d´en faire un jardin paysagé  aux illusions perdues : Les industries dunkerquoises clignotent, la démographie alerte  et Bergues risque fort, comme les bourgs qui autrefois refusaient l´implantation d´une ligne de chemin de fer,  ceci dans le meilleur des cas, de demeurer pauvre et assistée,  et de rester sur le bord de la route… parce qu´elle n´a pas su s´adapter au changement de l´histoire.




Thèses en faveur de l´aménagement des friches autour de la porte de  Cassel et en direction de la gare de Bergues.



 

1)
     
Homogénéité de l´espace et retour sur l´histoire : C´est  l´ensemble des friches : stade et terrains industriels, définis comme un seul espace,  qui doit  être aménagé selon un cahier des charges respectant  strictement  l´environnement et le cadre historique spécifique à la ville fortifiée. C´est  donc l´ensemble des abords de la porte de Cassel jusqu´à la gare qui doit être restructuré en terme d´ un seul et même projet d´innovation urbaine.

Lors de la recherche d´un espace pour la reconstruction du collège, l´erreur a été d´avoir considéré  ces terrains en deux parcelles distinctes les unes des autres, alors qu´à l´origine, selon leur histoire,  elles n´en formaient  qu´une seule.

2)
     
Un cahier des charges adapté :  Le collège doit pouvoir se fondre dans le paysage sur l´actuel emplacement du stade Omnisports. Une architecture réalisée selon un cahier des charges  respectueux des spécificités de l´environnement et du patrimoine pourrait être un plus pour l´image et le rayonnement de la ville. Elle pourrait  en outre  permettre  aux habitants l´accès  à des équipements  urbains  qui actuellement  font défaut  ou  ont été autrefois conçus en dépit du cadre historique de la ville. Ce dernier point a eu peut-être comme effet de produire un doute – légitime -  pour ceux qui s´investissent pour la sauvegarde du patrimoine et l´avenir  de Bergues - sur la faisabilité d´un tel projet. Le spectre du bunker en somme ! - Mais Il faut savoir reconnaitre ces erreurs!

3)
     
Un collège ouvert sur la ville et une ruche d´entreprises numériques :  La ville et les communes avoisinantes, les collectivités territoriales associées  doivent pouvoir  garantir la formation  des jeunes, mais également – face à la restructuration économique du littoral,  investir dans l´innovation et l´intelligence – Il est donc nécessaire de faciliter l´implantation de nouvelles entreprises innovantes : la création d´une ruche d´entreprises numériques  dédiées à l´économie de la créativité ( nouveaux medias, tourisme, cultures numériques, gestion des savoirs)  sur la friche dite Serlooten -  doit être considérée non pas comme une utopie , mais comme une priorité pour le devenir économique de la ville et de la région transfrontalière.

4)
     
Les  infrastructures numériques : L´aménagement de cet espace Porte de Cassel doit inclure l´intégration d´infrastructures numériques adéquates, adaptées aux besoins de formation des jeunes et des entreprises qui pourront s´y implante.  Le développement d´infrastructures numériques doit être un sujet de préoccupation prioritaire pour les élus et les différentes  collectivités territoriales.

5)
     
Un espace connecté, interface  et nœud de réseau : La ville de Bergues ne doit plus être considérée comme un espace fermé, mais doit pouvoir reconquérir ses fonctions d´interface qu´elle avait à l´origine, nœud de réseaux dans un espace ouvert et transfrontalier – un aménagement  urbain  innovant et adapté  de ses abords  va donc  bien dans le sens de l´histoire de la ville.

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http://issuu.com/zenon3000/docs/berguesamenurbain


Philippe André Royer –  Président de Zénon 3000 / Février 2009

pharoyer@zenon3000.fr

www.zenon3000.fr + 7, rue du Cheval Blanc – F 59380 Bergues

Adresse Postale/ Président > Sakrower Kirchweg 72b – D 14089 Berlin




 



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